Free Ingrid, Twitter slaves
Hier soir les zabitués de twitter l'ont lu 1 heure avant le reste du monde, wow 60 minutes, 3600 secondes -- quand je dis reste du monde, je parle des 99% de has been qui étaient off en train de diner, de discuter en famille, ou de regarder le JT de 20 heures -- oh les nuls du JT ils z'en ont même pas parlé.
Hey, si ça se trouve il y en a même qui ne savent pas encore ! Ho shame on you !
Ingrid Bétancourt est libre, Ingrid Bétancourt est libre !
La nouvelle qui courrait doucement en catimini ailleurs depuis 19h est donc tombée sur twitter directement de Colombie, non confirmée, et avant 20 h heure de Paris. Elle s'est répandue sur twitter comme une trainée de poudre (no colombian pun intented).
Certains s'en félicitent. Pas moi.
Autant en cas de catastrophe -- un séisme, un tsunami recoupé par plusieurs témoignages -- les réseaux twitter-like sont d'une utilité criante pour gérer une situation d'urgence -- où se rendre, quelles routes ne pas emprunter, bilans divers...
Autant dans un cas pareil, diffuser "la bonne nouvelle" sans aucune précaution d'usage, et les bornes des limites sont franchies. On touche du doigt le virus du *journaliste* tel qu'on le montre du même doigt en faisant des gorges chaudes.

Et si dans les 15 effectivement libérés, il n'y avait pas eu Ingrid Bétancourt, et si elle n'avait pas survécu ? Je ne parle pas seulement de la blogalaxie franco-française, j'ai lu des dizaines de twitts, de blogs dans différentes langues annonçant la nouvelle sans aucun lien, sans aucune source. De l'info brute reprise à son compte à toute vitesse.
Sous couvert de réactivité des réseaux, il me semble que nous sommes en train de confondre vitesse et précipitation. De confondre course stupide à l'audience d'impétrants pseudo pigistes et source fiable d'information.
Qui de sérieux fait encore suivre les emails demandant une transfusion sanguine d'urgence pour un nain bègue dont le bras a été arraché en ouvrant une canette de soda, sans vérifier la source ? Et là, quand je dis source, il ne s'agit pas de balancer un informateur secret défense, mais bien de rendre à César ce qui revient à César ET offrir à ceux qui lisent la possibilité d'évaluer la fiabilité de l'information.
Pour les news non confirmées, autrement dit les rumeurs, il y a des forums spécialisés qui battent twitter à plate couture en matière de viralité. Je prêche rarement pour la tiroirisation et les étiquetages réducteurs, mais que l'on soit journaliste ou pas, vérifier ou au moins citer sa source est la plus élémentaire des conditions - sauf à en être l'origine, ça va de soi "just liberated from FARC by a bunch of colombian guys. Impeccable.Thx world. TTYL".
Une des premières choses que j'ai apprise d'un vieux jedi, avant même qu'internet existe, c'est dire si la pratique est ancienne, reste d'actualité et peut s'adapter en substance : "Si tu n'as pas de source sûre, maîtrise la bête qui tire les pieds de ton ego, apprends à te taire. Et si tu ne peux pas, un simple [non confirmé] ne te retirera pas la gloire de la course à l'échalotte au scoop mais te fera gagner en crédibilité, en humilité et un peu d'éthique."
Oops désolée pour le gros mot. Et encore, je me suis retenue. Je n'ai pas adapté en disant néthique.
Parfois, dans mes rares crises de lucidité sur le métier de journaliste, au lieu de me dire, "ces fainéants de journaleux et leurs incompétents de webmasters sont encore en train de roupiller, ahaha twitter en parle déjà et pas eux", il m'arrive de me dire, "s'ils ne publient pas encore l'info, c'est qu'elle n'est pas sûre ou incomplète ou fausse". En allemand et en moi-même car je parle couramment les deux langues, il m'arrive même de me dire Achtung Minen.
Bon, ok quand il s'agit de web 2.0, de blogs et de ce genre de nouvelles capitales touchant la blogalaxie, je concède qu'ils maîtrisent moins bien le sujet que la moitié des derrières vissés à longueur de journée derrière leurs écrans, en train de hacker le dernier lien Archos pour voir Canal+ gratuit sur son ordi. Mais quand il s'agit des petites nouvelles du monde comme les libérations d'otages, je ne sais pas pourquoi, mais intuitivement, je les sens bien connectés aux bonnes sources. Et surtout, surtout, je sens bien les bonnes sources connectées aux bonnes rédactions. Si, si, ça existe !
Maintenant que la nouvelle est officiellement confirmée (à 21h15 hier par le Figaro sur le Net, devancé de quelques minutes par les radios), bravo à tous les hommes de l'ombre qui ont œuvré à ces libérations. Et Saint Ternet soit loué qu'ils n'aient pas cédé à la tentation de twitter leur feuille de route à la dernière minute "operation Jaque. On board to go liberating Ingrid & all. TTYL".
Puisse ce rebondissement être le premier d'une issue heureuse pour les autres. Tous les autres. Ceux qui restent encore séquestrés. Là-bas et ailleurs.
Note : Si vous cherchez une source à la source, la radio privée sur laquelle Ingrid Bétancourt s'est exprimée caracole en tête ;-)
P.S.: Si vous aussi avez twitté l'info sans aucun lien, rien ne vous oblige à me répondre, mais je serais curieuse de lire les raisons sincères et sans fard qui vous ont motivé à la diffuser.




