- Quand on ne veut pas du pouvoir on le refuse !
On peut très bien vivre dans l'ombre...
- Et ne jamais en sortir! Vous en savez quelque chose.
Un député/Jean Gabin dans Le Président
J'étais là, et je n'ai rien fait. Conformisme, pouvoir et obéissance, 5 bonnes raisons de détester l'humanité entière ou de devenir meilleur (part 4 L'effet Lucifer)
L’expérience de Stanford -- The Stanford Prison Experiment, est une étude de psychologie expérimentale menée par Philip Zimbardo en 1971 sur "comment la captivité affecte l'autorité en milieu carcéral". Des étudiants y jouent le rôle soit de gardien soit de prisonnier.
Elle étudie le comportement de personnes ordinaires, avec comme hypothèse que la situation induira les gardes à adopter des conduites abusives et les prisonniers à accepter les humiliations.
Les sujets sont sélectionnés pour leur stabilité et leur maturité, et le rôle respectif de gardien ou de prisonnier leur est assigné aléatoirement.
Zimbardo impose des conditions particulières aux participants dans l'espoir d'augmenter la désorientation, la dépersonnalisation et la désindividualisation.
Les gardes ont une matraque, un uniforme de type militaire, des lunettes de soleil pour éviter tout contact entre les yeux d'un prisonnier et ceux d'un gardien. Contrairement aux prisonniers, les gardes sont censés travailler en rotation et rentrer chez eux lorsqu'ils ne sont pas de service. Durant l'expérience, nombre d'entre eux se sont déclarés volontaires pour des heures supplémentaires. Sans augmentation de salaire.
Les prisonniers portent une sorte de robe, pas de sous-vêtements, et des tongs en caoutchouc, ce qui, selon Zimbardo, devait les forcer à adopter des postures inhabituelles et à éprouver une sensation d'inconfort pour pousser leur désorientation. Ils sont appelés par des numéros et non plus par leur nom.
L'expérience avançant, de nombreux gardes deviennent progressivement plus sadiques, en particulier la nuit - pensant que les caméras étaient éteintes et que l'équipe de recherche ne pouvait pas les voir.
Pour étayer sa théorie d'intériorisation des rôles, Zimbardo s'appuie sur le fait que lorsqu'on leur propose une liberté conditionnelle en échange de la confiscation de la totalité de leur paye, la plupart des détenus acceptent. Puis, lorsque la liberté conditionnelle leur est refusée, aucun ne quitte l'expérience.
Paradoxe inquiétant. S'ils étaient prêts à renoncer à leur salaire pour quitter l'expérience, pourquoi restent-ils quand on leur refuse une "liberté conditionnelle" ? L'illusion devient réalité ?
Zimbardo met fin à l'expérience prématurément (après 6 jours, au lieu des 2 semaines prévues) lorsque Christina Maslach, une ancienne étudiante, s'insurge contre les conditions épouvantables de la "prison". Elle fut la seule, parmi la cinquantaine d'intervenants entrés dans la "prison", à mettre la moralité de l'expérience en question.
Les résultats de l'expérience ont été utilisés comme argument pour démontrer l'obéissance en présence d'une idéologie légitimée et d'un support institutionnel et social. Ils ont également été utilisés pour illustrer la théorie de Dissonance cognitive et le pouvoir de l'autorité.
Depuis, Dr Z. a publié un livre, l'Effet Lucifer, Understanding How Good People Turn Evil (Random House, 2007), ou comment dans des circonstances particulières, des gens ordinaires en arrivent à commettre des actes innommables. Le côté obscur de la force !
Si vous détenez une parcelle de pouvoir ou si vous avez vocation à
donner des ordres, pensez-y.
Et si la phrase "Peu importe comment, tout
ce que je vous demande, c'est d'y arriver" vous est familière, il est
temps de prendre un peu de recul. C'est l'été, posez vos lunettes à verre fumé, rentrez dans l'ombre en
partant au soleil !




