Dans les situations critiques, quand on parle avec un calibre bien en pogne, personne ne conteste plus. Y'a des statistiques là-dessus.
Gabin dans Mélodie en Sous Sol
J'étais là, et je n'ai rien fait. Conformisme, pouvoir et obéissance, 5 bonnes raisons de détester l'humanité entière ou de devenir meilleur (part 3 L'experience du Témoin apathique)
Le 17 mars 1964 à 3h00 une femme est poignardée au bas de son immeuble. Elle hurle et appelle à l'aide « Il m'a poignardée, aidez-moi, je vous en prie, aidez-moi ! ».
Des locataires de l'immeuble se réveillent, l'un demande à l'agresseur de s'en aller. Il fait mine de fuir et revient frapper la jeune femme dix minutes plus tard, nouveaux cris. Personne n'intervient, ni n'appelle la police.
La police est appelée à 3h50. Elle retrouve le cadavre de la femme, poignardé de 17 coups de couteau. Elle meurt lors de son transport à l'hôpital.
L'article de Martin Gansberg intitulé "37 who saw murder didn't call the police", paru dans le New York Times du 27 mars 1964, choque l'Amérique. On apprendra plus tard qu'il est truffé d'inexactitudes. Mais c'est une autre histoire.
En 1968, sur la base de cet événement, John Darley et Bibb Latané, veulent comprendre quel rôle peut jouer l'effet de groupe dans la réticence à effectivement venir en aide.
Une des expériences menées consiste à placer un sujet seul dans une pièce en lui disant qu'il peut communiquer avec d'autres personnes via un interphone.
En réalité, il va entendre puis discuter avec une bande audio préenregistrée.
L'un des acteurs de la bande-son simule une crise d'épilepsie et demande de l'aide de manière explicite. La communication avec lui devient alors impossible, il ne répond plus. L'étude révèle que le temps attendu par le sujet avant d'avertir l'examinateur est inversement proportionnel avec le nombre de personnes avec lesquelles il croit être en conversation.
Se croyant seul à discuter avec la personne, 85% des sujets préviennent rapidement l'examinateur.
Plus il pense qu'il y a de participants à la conversation, plus il attend. Dans certains cas, il arrive même que le sujet ne prévienne personne avant la fin de l'expérience.
Selon Bibb et Latané, « lorsqu'un seul témoin est présent dans une situation d'urgence, il porte la responsabilité de devoir l'assumer ; [...] si plusieurs personnes sont présentes, la charge de la responsabilité se diffuse. Les individus, par un processus de rationalisation, peuvent inhiber leur réponse à une urgence, dans laquelle ils perçoivent un conflit dans le fait d'intervenir, par une distorsion de leur perception, et ce afin de croire qu'en réalité, il n'y a aucune urgence. »
Dans le cas où les autres témoins sont visibles, le sujet guette les réactions des autres pour décider s'il est nécessaire d'intervenir. Chacun guettant les réactions des autres, l'inertie gagne le groupe, induisant qu'il n'est pas nécessaire de réagir.
Moralité ? A priori, mieux vaut être en danger devant un seul témoin que dans une rame de métro bondée.
L'expérience a été reproduite dans différentes situations et donnent toujours les mêmes orientations. Illustration !
Une personne seule se sent 100% responsable. A 10, chacun se sent responsable à 10% ?
Une autre perspective qui relativise le travail d'équipe ... ou du moins la façon de le déléguer ?




