Comme la très grande majorité d'entre vous, je paie chaque mois une connexion Internet fixe.
Disons en moyenne 35 euros par mois, soit plus de 400 euros par an !
Pour cette somme, rondelette eu égard au prix payé dans certaines contrées lointaines, mais acceptable eu égard au prix payé dans d'autres contrées lointaines, j'ai un accès illimité-illimité sans astérisque à tout l'Internet selon un principe de neutralité globalement respecté.
Sauf exception.
400 euros quand même par an ! Vous aviez déjà mis ce chiffre en perspective ?
Moi, pas. Je viens de le faire.
Parce que je viens de lire les "11 propositions relatives à l’Internet haut débit et à ses objectifs 2020", que Jean-Bernard-Lévy, Président du Directoire de Vivendi, René Obermann, CEO de Deutsche Telekom, et Ben Verwaayen, directeur général d’Alcatel-Lucent, ont présenté la semaine dernière à la Commission européenne.
Avertissement : la consultation de ces 11 propositions est à déconseiller aux âmes sensibles partisanes de la neutralité du Net. Certaines de ces propositions, insoutenables, peuvent choquer.
Je suis tombée de ma chaise.
Sous la novlangue, fumeuse mais aux contours bien visibles, le paysage se dessine :
- La mort de l'Internet tel que nous le vivons depuis sa conception et encore aujourd'hui via la recommandation d'un Internet à plusieurs vitesses : une connexion bridée et chère ne permettant pas l'accès à la source, à la destination ou aux contenus dans des conditions optimum et de façon égale ; et une connexion sans bridage, plus chère pour ceux qui veulent accéder à des services qui consomment toujours davantage de bande passante.
Ce n'est pas nouveau. Au hasard, en 2006.
Mais là, cela se rapproche dangereusement. Je résume :
Je paie donc plus de 400 euros par an pour me connecter à l'Internet fixe où certes je consomme du contenu, mais j'en produis aussi.
J'écris, je rate (du verbe anglais to rate, que les choses soient claires), j'upload, je download, je commente, j'update, je joue, j'achète ...
Donc moi (toi, nous, vous) qui paye l'accès et alimente le bouzin en contenu, je n'ai été représentée par aucune association de consommateurs ou de citoyens pour participer à cette récolte d'avis autorisés ?
Tu m'étonnes, Charleston, qu'elle ait permis "un degré de consensus remarquable et inattendu entre ces acteurs de toute la chaîne de valeur, opérateurs, fabricants, agrégateurs, éditeurs de chaînes, etc".
Encore une fois, les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Dans cette chaîne, il y a un acteur essentiel qui a voix au chapitre : moi (toi, nous, vous) à qui personne n'a demandé son avis.
Alors le voilà :
Je ne veux pas d'un Internet ultra-libéral des grands patrons des Télécoms.
Pour 350 euros par an et la contribution que j'apporte, je veux la neutralité des réseaux.
Et pas en option.
Je veux un bien public, indivisible, sans entrave. Et en très haut débit.
Non ce n'est pas simpliste. Oui j'ai conscience des intérêts économiques. Justement.
Je les vois chaque jour sur les réseaux mobiles dont les atteintes à la neutralité deviennent monnaie courante à l'égard du contenu, de la source ou de la destination. Et pourtant, et en plus, ma connexion Internet mobile me coûte encore plus cher que ma connexion Internet fixe.
Fool me once, shame on you; fool me twice, shame on me!
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