Je lisais hier chez Otir un très long et fort bien documenté billet sur ce qu'elle nomme le voile intégral.
Voile intégral : autrement dit la burqa ou le niqab.
Le glissement terminologique de burqa vers voile intégral tendrait à limiter la vision de l'évidence : il s'agit, non pas des voiles, foulards et autres ersatz de perruques couvrant la chevelure, parfois les oreilles et toujours la nuque, mais bien de cette pièce de tissu qui couvre une femme de la tête aux pieds, laissant au mieux entrevoir des yeux, rarement moins de deux, et au pire les grillageant de façon à voir (mal) sans être vue.
Les romantiques abscons nourris au fantasme de Shéhérazade y verront un objet de fantasme, ce même qui nourrit la bête qui sommeille mal en eux lorsqu'ils rêvent éveillés.
La femelle tentatrice cachée sous le voile, cette inquiétante étrangeté fatale qui, douée de raison et d'une âme - ou non, amis de l'Inquisition et ennemis des sorcières, bonsoir - est capable de saigner 5 jours par mois lunaire sans en mourir.
Les plus utopiques crieront qu'il s'agit là de la forme la plus élaborée du respect de la femme, bardée d'un grand F et de beaucoup d'effets, qui ainsi cachée sort de sa condition d'objet sexuel pour être appréciée pour sa beauté intérieure. (Hein, t'es rieur ? Moi non plus, je n'y crois guère à cette interprétation patriarcale là.)
Aussi, cet animal de foire aux pouvoirs extraordinaires, magiques ou maléfiques, vaut-il mieux la posséder en dissimulant son pelage et ses attributs, pour ne pas attiser la convoitise du voisin, toujours prompt à se laisser tenter par la bête de sexe qui cauchemarde en lui. Nous voici donc aux pires heures de l'obscurantisme de la possession. Et ça en dit long sur la courte vue et la maîtrise des passions dont on soupçonne le voisin d'être capable. Mais cela aussi est une autre histoire.
D'aucun(e)s argueront qu'il s'agit là d'un signe de soumission à je ne sais quel Dieu qui, s'exprimant somme toute assez rarement ou du moins dans un mode de communication difficilement audible de ses créatures, est victime d'un bug d'interprétation par ses ouléma.
Mais ce n'est pas mon propos ici du sens à donner au port de la burqa, du niqab ou même du hijab, ni du pourquoi et encore moins pour quoi ils seraient l'apanage des femmes et le panache des hommes.
J'avoue m'être laissée pourtant tenter par la folle (dé)construction intellectuelle de couvrir au regard des passantes pâmées les deux magnifiques yeux clairs, le nez aquilin, les cheveux bouclés, la bouche moelleuse et les cuisses d'airain de mon amoureux qui se joue de ces regards en coin ou de face, insistants ou furtifs, mais rarement absents.
Mais je m'égare. A-t-on jamais vu femelle humaine tenter de dissimuler aux autres femelles humaines le regard exultant de son mâle sous un sac de tissu ?
Plus sérieusement, à titre personnel, j'ai tendance à penser que tout être humain choisissant de son plein gré de s'affubler d'un tel carcan en public - et même en privé - relève plus du corps médical, obédience psychiatrie, que du corpus théologique, obédience Islam.
Mais après tout, s'il est interdit de se promener nu pour ne pas attenter à la pudeur, pourquoi ne serait-il pas légitime de s'interroger sur l'éventualité d'interdire la circulation aux femmes barricadées dans un carcan de toile, ne laissant pas même deviner le genre mâle ou femelle de l'individu qu'il couvre ?
Alors la République Française dirait "pas plus de nu que de burqa dans nos rues". Ce serait équitable mais serait-ce juste ?
Ceci étant posé, qu'impliquerait donc de légiférer en France en interdisant le port de la burqa ?
Je ne sais pas répondre pour celles qui la portent par choix, mais une chose est certaine : pour celles qui la portent sous la contrainte, cela signifierait le confinement non plus sous leur burqa mais dans leur logis. L'interdiction de sortir et ainsi être, cette fois, totalement coupées du reste de la société française.
Je me répète pour me faire comprendre distinctement : s'il est envisageable que celles ayant délibérément choisi le port de la burqa ou se plieraient de force à une interdiction hors de l'espace privé ou braveraient l'interdiction ; celles qui y sont contraintes, prises entre le marteau de l'obligation de la porter pour sortir et l'enclume de l'interdiction de la porter pour sortir, n'auraient d'autre choix que de rester confinées dans leur gynécée chez elles.
Or, aujourd'hui, il est encore possible pour n'importe quelle femme contrainte de quelque manière de demander aide et assistance au détour de n'importe quelle rue française. C'est un acte qui demande beaucoup de courage et de renoncement face au poids des traditions et des familles. Lorsqu'elle y parvient elle reçoit assistance et protection des forces de l'ordre.
Celles-là mêmes qui seraient chargées de circonvenir les contrevenantes, si une interdiction était prononcée.
Légiférer en interdisant le port de la burqa, c'est certes faire plier celles qui choisissent cette affirmation extrémiste, mais c'est aussi ôter la seule et unique chance à celles qui sont contraintes de le porter de pouvoir lever le voile de l'obscurantisme qui leur est imposé.
A la République Française, miroir d'une majorité, je préfère une République protectrice des plus faibles et des opprimé(e)s. Alors, si ne pas légiférer sur le port de la burqa, c'est permettre à une seule de ces femmes emprisonnées de toile de sortir de chez elle et de demander de l'aide, il ne faut pas l'y confiner en légiférant, aussi heurtante et insupportable que la vue de cette survivance archaïque soit, pour la française laïque que je suis.
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