Depuis que la majorité des bien-pensants a condamné Galileo Galilei, j'ai retenu au moins une leçon : faut-il gober benoitement la soupe qu'on nous sert, sous prétexte que ce serait bon pour la santé et que cela fait grandir ? En avril 2008, je me posais la question au sujet des ampoules. Souvenez-vous ! Cette année, ce sont les antennes-relai qui attirent mon attention.
Avant-propos : Comme vous, je ne détiens pas la science infuse, comme
vous, je navigue entre l'empirique, l'intuitif, l'intime conviction, la collecte d'information et la
vérification de la source pour me faire une opinion. J'écoute qui peut
me montrer que je suis dans l'erreur, et j'admets volontiers m'être
trompée. A condition que les arguments soient recevables.
Ce n'est pas seulement
lié aux antennes-relais, c'est lié à tout composant de notre existence.
Nous tomberons tous d'accord ici pour dire que le lait maternel n'est
non seulement pas dangereux pour la santé, mais qu'au contraire, il est
bénéfique.
Pourtant, certains nourrissons sont
allergiques au lait de leur mère. Régurgitations, vomissements,
diarrhées, sang dans les selles, eczéma, urticaire, rhinite, toux,
sifflements, asthme et au pire choc anaphylactique gravissime en sont
la manifestation. C'est un risque, un alea de la vie. Il faut composer
avec.
Si vous venez
ici pour me citer une étude scientifique "prouvant" la nocivité des
antennes-relais, je vous en citerai deux qui "prouvent" le contraire. Parce qu'en mon intime conviction et après avoir lu les conclusions contradictoires de différentes études, j'ai décidé de croire qu'à
ce jour, “Aucune preuve scientifique ne permet aujourd’hui de démontrer que
l’utilisation des téléphones mobiles présente un risque notable pour la
santé, que ce soit pour les adultes ou pour les enfants.” Il est certes évoqué un risque faible, cela impose-t-il d'appliquer le principe de précaution et de retirer des antennes ou de stopper leur implantation ?
Pas d'omelette sans casser des oeufs
Chaque jour, comme la plupart d'entre vous, je rencontre des gens de la vraie vie. Attention, pas par plaisir, mais par obligation. Sinon, soyez-en sûrs, je resterais bien au chaud dans ma grotte, devant ma cheminée (flûte : risque d'intoxications dues au monoxyde de carbone : 302 hospitalisations et 5 décès en 2007) bulle stérile.
Mais vivre, c'est prendre un risque à chaque instant.
Un exemple ?
- J'ai pris ma voiture pour me rendre à Paris (4 838 tués et 106 709 blessés sur les routes de France en 2007)
- aucun horaire de train ne convenait à mon emploi du temps (une chance ça m'a évité de me confronter au risque pris par les 3 441 personnes tuées ou grièvement blessées dans des accidents de train dans l’Union Européenne en 2004, j'admets que le chiffre est ancien, je n'ai pas eu le temps de chercher plus récent, mais vous voyez l'idée...)
- Après être restée toute la journée devant mon ordinateur (assumant le risque de développer une scoliose, des troubles de la vue ..., ou devenir idiote de façon foudroyante),
- je suis allée boire un mojito dans un bar branchouille (sourde au risque d'attraper au mieux une gastro entérite, au pire une cyrrhose )
- qu'ils ont eu l'audace de me servir avec des olives vertes et des pistaches (je les ai mangées, je n'avais pas encore connaissance du risque d'ingérer une salmonelle).
- J'ai ensuite envoyé un sms à mon fils pour connaître le résultat de sa compétition de VTT (pétrifiée par le risque qu'il ait été victime d'un accident)
- en attendant Jean Paul Lilienfeld, venu parler de son dernier film -- j'y reviendrai dans un prochain post (prenant le risque que le débat dégénère en bagarre de bar parce que nos avis divergeaient sur la signification du port de la mini jupe -- c'est moins trivial que cela semble ;-)
Et là, madame Y, me demande si j'ai lu un obscur article prenant le parti d'une hypothèse non vérifiée sur la nocivité des ondes émises par mon téléphone mobile et par les antennes-relais qui me permettent de l'utiliser, même au fin fond des Cévennes.
Alors là, très chère madame, je m'esclaffe, je me gausse, je pouffe. Après tous les dangers que j'ai dû affronter pour participer à cette réunion, les antennes-relais c'est, comment vous dire, peanuts! (enfin, si je puis dire)
Mais vous, qui avez lu le dernier article en date (non, pas celui qui disait que les antennes-relais sont inoffensives, mais l'autre, celui qui vous prédit un QI d'huître ou des spermatozoïdes aussi mobiles qu'un essaim d'abeilles qui vient de respirer une dose d'insecticide) vous vous posez la question :
Les antennes-relais, c'est dangereux ou pas ?
Scientifique W qui affirme blanc contre scientifique Z qui affirme noir, vous voici pris entre deux feux, à devoir faire un choix, prendre position, faire face. Alors, comme le normand de base, vous avez opté pour le peut-être ben que oui, peut-être ben que non, et sorti le joker magique : au nom du principe de précaution, celui qu'il faudrait justement manier avec précaution quand il s'agit d'identifier un doute avec certitude, vous vous dites, supprimons les antennes relais en face de ma fenêtre. Parce que c'est pas beau, et puis on ne sait jamais. Et puis vous avez entendu une émission traitant du sujet sur RTL et vu un reportage inquiétant sur Arte (vous recevez l'une et l'autre par magie et pas par une antenne-relai ...)
Chaque acte de la vie quotidienne, conscient ou non, est un risque pris, subi ou calculé. Alors, après consultation des données disponibles à ce jour, non je n'ai pas peur de vivre sous ou à proximité d'une antenne-relais qui m'envoie la radio, la télé ou mes communications téléphoniques, ni de manger des pommes de terre, mais je refuse de dormir couchée. Je dors debout. (d'où ma propension à aimer les histoires idoines sans doute, mais c'est un autre sujet). Pourquoi ? Vous ne savez pas ? Plus de 80% des personnes mortes sont décédées en position horizontale ! Et ça, c'est scientifiquement prouvé. Alors depuis, j'évite.
Epidémie de NIMBY
Je vais même vous dire plus, il me semble que ceux qui montent sur leurs grands chevaux de bataille en invoquant le principe de précaution pour la désinstallation des antennes souffrent d'une maladie de plus en plus commune, importée d'outre-atlantique : le NIMBY.
En clair et en français traduit de l'anglais Not In My Back Yard, car je parle couramment les trois langues : Pas Dans Mon Jardin. Cette maladie endémique se traduit par les symptômes suivants : conscience de la nécessité ou de l'utilité d'un service, mais refus absolu d'en partager les éventuelles nuisances et paralysie des synapses permettant une discussion objective sur leur existence réelle et éventuellement les moyens de les réduire.
Des exemples ? Prendre le TGV pour partir en vacances ou aller travailler, mais refuser que la ligne passe à proximité de chez soi. Mais, que le tracé traverse le département voisin, ça passe. Comprendre que les déchets de nos poubelles doivent être traités mais refuser une installation en permettant l'incinération ou l'enfouissement à proximité de chez soi. Mais qu'elle s'implante dans la commune voisine, ça passe. Regarder des films érotiques sur canal + mais pétitionner pour que le sex shop qui doit s'installer en bas de chez soi soit interdit d'ouverture. Qu'il ouvre dans l'arrondissement d'à côté, ça passe. Vouloir utiliser un téléphone mobile mais par magie, sans qu'aucune antenne ne soit implantée sur le toit d'en face et encore moins le sien. Qu'elle soit posée sur le toit dans la rue d'à côté, ça passe. Oui mais, la rue d'à côté elle aussi souffre de NIMBY.
Aggravation du NIMBY en BANANA
Le problème du NIMBY, c'est qu'il s'agit d'une maladie évolutive et contagieuse qui, à son stade terminal, est connue sous le nom de BANANA. Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anything. En clair et en français, Ne Construisez Rien, Nulle Part, à proximité de rien.
Autant vous le dire tout de suite, ce genre de paralysie des synapses a pour risque une rigidité intellectuelle (connue sous le nom courant d'imbécilité ou frilosité) et un repli sur soi sous couvert d'un alibi fort pratique : le bien de tous.
A ce compte là, au nom du sacro saint principe de précaution mal utilisé, le premier homo erectus venu aurait arraché les yeux de Prométhée pour le cadeau empoisonné du feu et l'aurait éteint d'un crachat magistral après que madame cro-mignonne s'y soit brûlé les doigts.
Mais le Banana n'est pas une maladie irréversible, on en guérit. Une simple gymnastique quotidienne des neurones a des effet spectaculaires : je soumets à votre sagacité ce premier exercice. Depuis 1889, des milliers de parisiens travaillent et vivent au pied de la Tour Eiffel sur laquelle en 1921 fut installé un émetteur radio, bientôt rejoint par une armée d'autres émetteurs.
D'autres milliers de parisiens arpentent les agences immobilières pour trouver le cagibi l'appartement payé à prix d'or de leur rêve avec vue sur un des émetteurs d'ondes le plus puissant de France. Vous le voyez le paradoxe, ou bien il faut que je vous fasse un dessin ?
Faudra-t-il des milliers de reproductions de Tour Eiffel pour que les antennes-relais soient acceptée comme l'est désormais la Vieille Dame ? Cela devrait amuser les architectes et les ferrailleurs, mais en termes de coût, c'est un caprice dont je ne veux pas supporter les conséquences sur ma facture de téléphonie mobile, déjà trop élevée !
Pas de fumée sans feu ? Optez pour les solutions fumeuses
Théorie fumeuse pour théorie fumeuse, si vous craignez dur comme fer les ondes provenant d'une antenne-relai, de votre chaine hi-fi, de votre radio-réveil, téléviseur, ordinateur, connexion wi-fi, téléphone portable, ou four à micro-ondes, mais n'êtes pas encore prêts à assumer votre vocation d'ermite et partir vivre dans les Cévennes sur une ile déserte ou dans une grotte ou dans une bulle stérile, voici deux solutions parmi d'autres :
- si vous avez un penchant pour les légendes urbaines et la magie, adoptez le Q-Link, un pendentif aux vertus magiques qui, dit le grimoire du marchand le vendant pour la modique somme de non pas 150, ni même 100 mais 96,50 euros (presque le prix d'un iPhone), "offre au corps une résistance au rayonnement électromagnétique."
Note : Je ne vous donne pas le lien, je sais que vous êtes autonomes, débrouillards et assez malins pour demander à votre ami Google de vous y conduire. Je n'ai pas trouvé d'étude qui en prouve l'efficacité, ce qui ne veut néanmoins pas dire que c'est inefficace, hein. Je ne suis donc pas sûre que ça marche, j'ai même l'intime conviction du contraire, mais je peux me tromper. Par contre, ce qui est certain c'est que vous ferez un heureux : le camelot marchand qui les vend. Je n'ai pas vu la pétition pour interdire ce genre de commerce au nom du principe de précaution visant à protéger les crédules et les naïfs. Mais je dis ça, je dis rien :-)
- si vous avez une inclinaison naturelle pour les recherches scientifiques, je vous recommande une visite à votre Jardiland le plus proche et d'adopter le protocole de l'Institut de recherche en géobiologie de Chadonne en Suisse (je ne garantis pas la fiabilité de l'étude, mais si c'est Suisse et scientifique, ça ne peut être que sérieux, non ?) qui recommande l'usage sans modération du Cereus Peruvianus, Cierge du Pérou , un cactus d'environ 40 cm de hauteur (voir les commentaires de cet article du Figaro. Si c'est sur internet et dans le Figaro, ça ne peut être que vrai non ? ). Avertissement : aucune information relative à la teneur des émanations si vous l'allumez, mais ce n'est pas prévu pour ça. Ce type de cierge étant un colonnaire, son usage est uniquement limité au rang de potiche verte absorbeuse d'ondes et peut-être que ça marche, je n'en sais rien. Mais les cactus, c'est joli).
Tip : Bien que n'étant pas scientifique moi-même, je me permets de vous recommander de l'associer (sous contrôle médical et avec modération) à un verre de liqueur de banane pour conférer à votre intérieur une atmosphère exotique des plus plaisantes.
Si tout va bien, vous devriez être immunisé contre l'horrible gangrène du BANANA.
Epilogue
Si vous avez encore des doutes, je laisse la parole à Christian Lecerf, maire normand de Darnétal, qui a une antenne-relai sur sa commune à quelques encablures à vol d'oiseau de celle où je vis -- puisse le saint patron des maires préserver ses administrés d'une épidémie fulgurante de banana : «S'il y a quoi que ce soit qui prouve le risque potentiel, je dénoncerai le
bail. Je l'ai dit et je le ferai. Mais on entend tout et son contraire.
Les scientifiques ne sont pas tous d'accord. J'ai déjà des gens qui me
disent avoir mal à la tête… L'antenne n'est même pas encore en service.» CQFD.
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