L'Expérience de Milgram, the dark side of the force
- Faut pas faire attention, c'est une brute née de la guerre.
- En langage clinique on appelle ça un paranoïaque,
en langage militaire un brigadier.
Maurice Biraud à Charles Aznavour dans Un Taxi pour Tobrouk
J'étais là, et je n'ai rien fait. Conformisme, pouvoir et obéissance, 5 bonnes raisons de détester l'humanité entière ou de devenir meilleur (part 5 L'experience de Milgram, the dark side of the force)
Conduite en 1960 par le psychologue américain Stanley Milgram, cette expérience vise à évaluer jusqu'à quel niveau d'obéissance peut aller un individu dirigé par une autorité qu'il juge légitime.
Elle était évoquée hier dans la première video sur l'expérience de la prison de Stanford dont elle se rapproche, mais comme vous ne l'avez pas regardée -- si, si, je vous connais :) -- j'ai estimé que cela méritait un post à part entière !
Durant le procès de Nuremberg, bon nombre d'accusés ont avancé comme argument "J'obéissais à des ordres". En clair et dans la lumière crue, celle qui brûle les yeux, l'objectif réel de l'expérience de Milgram était de mesurer le niveau d'obéissance à un ordre, même contraire à la morale de celui qui l'exécute.
Des sujets acceptent de participer, sous l'autorité d'une personne supposée compétente, à une expérience d'apprentissage où il leur est demandé d'administrer un traitement cruel - en l'occurence, des décharges électriques, à des tiers au motif de favoriser un apprentissage.

A votre avis, combien de sujets ont infligé les décharges électriques maximales malgré les plaintes de l'acteur-apprenant quand l'autorité compétente leur intimait l'ordre de continuer quand même?
10 % ? 20 % ?
Entre 61 et 66 % ont obéi aux ordres de "l'expérimenteur" scientifique en blouse blanche !
Avertissement : Certaines images peuvent choquer. Elles ont été tournées dans le cadre de l'expérience. L'apprenant est bien sûr complice de l'expérimenteur, les décharges ne sont pas réelles et le sujet/objet de l'étude ignore ces faits. Ce n'est pas la vraie vie.
Dans la vraie, il arrive que cela soit pire. Mortellement pire.
Comme beaucoup, vous vous dites que VOUS, vous n'auriez pas continué, surtout si vous aviez clairement été informé avant que la décharge maximale peut tuer. Peut-être. Ou pas.
Il y a deux ans, soit près de 50 ans après, Derren Brown a reproduit l'expérience.
Résultats similaires : 65 % des sujets ont obéi aux ordres de "l'expérimenteur" scientifique en blouse blanche !
Elle est là, la part sombre que chacun porte en soi. Celle qui pousse à obéir aveuglément et/ou celle qui pousse à confondre avoir de l'autorité et faire autorité. La nature de la responsabilité. Jusqu'où ne pas aller trop loin. Quand savoir, quand devoir dire Non !
Voilà, c'est la fin provisoire de cette série de 5 posts.
Si j'en crois les statistiques, il y a fort à parier que vous aurez tout oublié dès que vous serez en groupe et en retard pour exécuter les ordres d'une autorité que vous jugerez légitime, quoi qu'elle vous demande.
Sauf à vous demander régulièrement si vous êtes en accord avec vos principes. Et si vous craignez d'oublier aussi de le faire, je vous recommande Remember The Milk.
Si personne, pas même votre inconscient, n'est là pour vous rappeler à l'ordre, programmez consciencieusement vos alertes :-)








