"C'est un signe d'amateurisme de citer ses sources ou quoi ?"
Mickael, révolutionnaire de la Génération Tactile qui respecte les traditions anciennes ;-)
La propagation de la rumeur/information est un phénomène passionnant à étudier. Pour preuve, on y joue dès la plus tendre enfance, comme on respire.
Mais si. Souvenez-vous : le téléphone arabe. Enfin, c'est ainsi que les Français le nomment parce que les Arabes, eux, le nomment "le téléphone cassé". Les Allemands parlent de "poste muette" et les Anglais lui préfèrent le nom de "chuchotements chinois", alors que les Chinois, eux, le désignent par "L'erreur grossit en se transmettant de bouche en bouche".
Vous en conviendrez, les Chinois ont un net avantage sur nous en matière de description et de sémantique. Mais, c'est un autre débat.
Bref, vous voyez tous avec nostalgie de quoi je veux parler : le jeu consiste à faire circuler rapidement de bouche à oreille une phrase chuchotée par un initiateur à son voisin qui lui même la chuchote à son voisin jusqu'à ce qu'elle soit dite à haute-voix par le dernier participant. L'intérêt du jeu est de comparer la version finale de la phrase à sa version initiale qui, pour que le jeu soit tordant de rire, doit être totalement déformée.
Plus on grandit, plus on apprend que le téléphone arabe/cassé/muet, bref, la rumeur, est un jeu pour les enfants - turbulents ou pas, et que désormais il y a au moins 4 règles de grands sages à respecter quand on répète ce que l'on a entendu/lu pour que la rumeur se transforme en information :
- écouter attentivement et au besoin faire répéter/relire quand on comprend mal
- vérifier la source pour transmettre des informations les plus fiables possibles,
- citer sa source pour rendre à César ce qui appartient à César,
- indiquer quand éventuellement la citation initiale est tronquée/modifiée/adaptée.
Dans les réseaux sociaux, dont le contenu est alimenté/transmis par les utilisateurs, il y a les contenus originaux que l'on crée, ou ceux reçus que l'on cite/fait suivre/pille, ou un savant mélange des deux.
Hier, j'ai voulu voir/comprendre un peu mieux comment marchait la citation sur twitter. Le RT, retweet : tweeter à nouveau une information envoyée précédemment par quelqu'un d'autre.
J'ai donc fait ce test instructif et amusant. Avec une information plutôt qu'avec une rumeur, car quitte à jouer avec le feu, autant ne pas se brûler les doigts ;-)
Xavier lit un article dans Le Monde et tweet son avis accompagné d'un lien vers l'article.
Je remanie légèrement le twit de Xavier, conserve son lien vers l'article, le cite et attends une heure pour le publier, laissant ainsi un peu de temps d'avance à ses contacts.
Voici le twit initial de Xavier.
Il est parfait pour voyager sur twitter : un émetteur initial crédible et fiable, du contenu people/politique avec de l'inceste et de l'hadopi dedans ;-)
Voici le mien.
Quasiment identiques mais suffisamment différents pour être identifiables.
La question, en conclusion chez Xavier, est devenue une introduction chez moi. L'oeil s'accroche mieux à l'hameçon d'un point d'interrogation en début de message ;-)
J'ai minoré son affirmation en ajoutant un "propose de" mais conservé son lien initial pour mieux pouvoir le suivre (ce sera mon mètre étalon) et indiqué par un via @xmoisant que la source est la sienne mais le contenu modifié.
A l'heure où j'écris, le lien initial de Xavier vers l'article du monde http://bit.ly/V0gy, qu'il a été le premier à twitter et a créé lui-même, a été cité 12 fois sur des comptes publics, et au moins 1 fois sur un compte privé - le mien ;-)
Pour les autres citations possibles sur des comptes privés, par définition, je ne peux pas savoir puisque les outils de recherche n'y ont pas accès.
Ces 13 reprises, visibles sur l'outil de recherche twitter, ou mieux ... sur le nouvel outil de search twazzup, ne démontrent en rien un échantillon représentatif, n'ont pas valeur d'analyse scientifique, mais définissent le contour flou de pratiques :
- Pillage : Première heureuse constatation, le lien n'a été volé par personne. Personne ne se l'est attribué en reprenant l'info à son compte. Pas de pirate sur ce coup-là. Comprenne qui pourra ;-)
- Fidélité : Le tweet initial de Xavier tel qu'il l'a envoyé, a été retweeté deux fois dans son intégralité à la virgule près. Ici et là. Idem pour celui que j'ai envoyé. Ici et là.
Ces retweets fidèles à 100% n'ont pas été retweetés par des contacts de contacts.
Dans ce cas précis, le RT fidèle ne dépasse pas le 1er degré de contacts.
- Adaptation : Le tweet initial de Xavier a été modifié deux fois tout en le désignant comme source. Une fois par moi (en illustration) et ici. Etrangement, c'est idem pour mon tweet initial, modifié également 2 fois ici et là tout en m'en attribuant la source et en citant Xavier. Pour lui comme pour moi, ce sont ces tweets adaptés et sourcés qui ont ensuite été retweetés par des contacts de second voire 3ème degré.
- Attribution : Sur les 13 reprises comprenant son lien, Xavier est cité 11 fois. C'est plutôt positif de voir qu'une écrasante majorité conserve la citation de la source initiale.
Les pratiques varient, de la suppression de la source initiale pour ne conserver que l'émetteur direct, comme ici, à la citation de toute la chaîne, comme ici.
- Vérification de la source : 5 tweets sur les 13 reprises du lien de Xavier lui attribuent des propos qu'il n'a pas tenus, mais ceux, légérement modifiés que j'ai twittés. Les plus significatifs, repris ensuite par des contacts de 3ème degrés sont ici et là.
- Dérive : Ce qui a conduit l'un des contacts de contacts à faire suivre une information erronée tout en citant sa source, ici.
- Désinformation : Mais, perte ultime de la source : par la sinuosité des chemins de traverse, mon texte initial et le lien de Xavier se sont vus attribués à un autre.
En soi, l'expérience est plutôt anodine et ne prête pas à conséquence, mais elle explique assez bien comment une rumeur peut se propager tout en perdant sa source initiale ou comment des propos sont faussement attribués à qui ne les a pas tenus.
Moralité ?
1- Histoire d'ouvrir des portes : N'hésitez pas à mettre votre grain de
sel dans un RT, ça favorise parfois la circulation ou la relance de
l'information, mais n'oubliez pas de le signaler, de citer et surtout
de vérifier la source initiale.
Par convention, c'est la mienne et il n'existe pas de règle formalisée,
quand je transmets fidèlement sans modification, je précède mon message
de RT suivi du nom de la source, quand je modifie, je termine mon
message d'un (via suivi du nom de la source). A chacun de trouver un code intelligible si celui-ci ne vous convient pas. Ce qui importe c'est de se comprendre, pas d'imposer des règles.
De la même façon, autant je demande extrêmement rarement de retwitter, autant la demande de RT ne m'incite pas forcément à le faire. Je suis avare en RT. Non que les contenus que je lis ne soient pas intéressants, mais au contraire, la qualité oblige à sélectionner selon le bon vieux principe du qui trop embrasse mal étreint. Trop de RT, tue le RT :-) Economisez les 9 caractères du Please RT pour développer le contenu ou citer une source !
2- Histoire d'enfoncer les portes ouvertes en rappelant une évidence : Qu'un message soit relayé dans son intégralité/intégrité ou adapté, chacun est porteur d'une part de la source qui est garante au mieux de la fiabilité et au minimum de la traçabilité de l'information transmise. Un tweet sans référence ou sans source est à peu près aussi utile qu'un pc sans connexion internet ;-)
Citer ses sources, linker vers une référence, c'est aussi un des pans sur lequel se bâtit une relation de confiance et les bases d'une crédibilité qui s'acquiert avec le temps.
Certains considéreront que c'est sans importance ou du moins d'une importance relative. Je ne suis pas là pour distribuer des bons points ou stigmatiser
des pratiques, simplement pour regarder/comprendre le trajet d'une
information et ce qu'il en reste. Parce que c'est important pour moi. Parce que je ne partage pas le point de vue de ceux pour qui citer une source se fait quand il reste de la place dans les 140 caractères qu'imposent twitter.
Ce post est en quelque sorte une suite aux interrogations qui m'ont "agitée" il y a quelques mois. Souvenez-vous ! Elles restent toujours d'actualité.
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