La vie, avec ou sans Internet, c'est comme les divisions à virgule. Note à l'usage des parents angoissés.
Parce j'ai lu chez Séverine l'ombre de ses angoisses quand ses enfants sont sur Internet, j'ai vu ressurgir les miennes.
Alors, mon fils l'avocat (11 ans) a eu droit à l'inquisition maternelle, sous l'oeil amusé de mon fils le médecin (13 ans) déjà passé à la question il y a quelques semaines.
[...]
Lui : Non, on ment pas vraiment. C'est juste qu'on dit pas tout de suite des trucs que vous comprenez pas. Alors, on attend un peu. Enfin ça dépend.
Moi : Cacher ce qu'on fait sur Internet quand les parents demandent, c'est quand même mentir, non ?
Lui : Ben non, regarde : quand t'apprends les divisions, au début on te dit que 10 divisé par 3 ça fait trois et il reste 1. On dit pas tout de suite que ça fait 3,3333 et que ça s'arrête jamais. Sinon, on comprendrait rien. Alors dès fois nous on fait pareil, on dit juste aux parents qu'on fait des trucs sur internet. Mais on dit pas quoi vraiment.
Moi : Pourtant les parents en général comprennent plus de trucs que les enfants, on a plus d'expérience, on peut mieux voir. C'est plus pour vous protéger que pour espionner. C'est à nous de ne pas tout vous dire tout de suite, pas le contraire, tu sais.
Lui : Ben toi oui, pour Internet, mais ya d'autres trucs que tu comprendrais pas.
Moi : Des trucs que tu fais et que tu ne me dis pas ?
Lui : Ben oui.
Moi : Comme quoi ?!?
Lui : Ben des trucs. (rires) des trucs que t'as pas besoin de savoir.
silence
Lui : Rhoo maman, rien de grave. Des trucs aussi que tu comprendrais, mais que t'as pas besoin de savoir. Maman, tu leur racontais tout toi à Papy et Mamita ?
Moi : ... non ...
Lui : Ben tu vois.
Moi : Oui, mais c'était différent.
Lui : Ah ? et pourquoi ?
Moi : Je ne sais pas. C'était moins dangereux, on savait moins de choses, on avait moins de contacts avec le monde extérieur. Déjà, on n'avait pas Internet comme vous. Et puis je leur disais pas tout mais quand c'était important, je leur disais.
Lui : Ben, juste comme nous. C'était pareil ... Et papy et mamita, c'était quoi qui leur faisait le plus peur qu'il t'arrive de mal ?
Moi : Que je fasse des bêtises, des mauvaises rencontres, que je cache des trucs graves, je ne sais pas, j'imagine, on n'en a jamais parlé vraiment tu sais. Ou alors je ne me souviens plus.
Lui : Ben voilà, là tu vois on en parle. Et toi, c'est quoi qui te fait le plus peur qui nous arrive de mal ?
Moi : Je ne sais pas bien. ... Ne pas savoir. Imaginer le pire.
Et là je me suis arrêtée net.
Je n'allais pas recommencer la énième recommandation sur les contacts, les personnes "méchantes" qui semblent si sympathiques, la vigilance comme seconde nature, les sempiternelles "tu sais que tu peux ou m'en parler, ou en parler à papa". Parce que le mieux est l'ennemi du bien. Et qu'à trop répéter, on finit par user le sens des propos. Et qu'à l'intérieur des limites, il faut bien qu'ils expérimentent un peu d'autonomie.
Et qu'à l'heure du goûter, la capacité d'attention est limitée à un temps égal à la descente en flèche d'un verre de jus d'orange (stoikilézapressées, humm strobon, ben oui mes copains aussi ils ont des blogs. Mais eux ils le disent pas trop à leurs parents. Il reste des madeleines au choc' ?).
Je n'ai pas osé lui dire que ma plus grande peur, c'était qu'il apprenne trop tôt que 10 divisé par 3 ça fait 3,3333 et que ça ne s'arrête jamais.
Mais, effectivement, il y a de cela. Peur qu'ils soient confrontés à des situations auxquelles ils ne sauraient pas faire face avec les valeurs qu'on essaie de leur inculquer. Et effectivement, il ya des moments où on doit juste répondre que 10 divisé par 3, ça fait trois et il reste 1.
Et soudain, un léger détail que j'avais occulté m'est apparu comme une évidence : ma plus grande peur est qu'ils n'aient pas assez confiance en moi pour venir me parler en cas de problème. Pas tant la peur qu'ils ne sachent pas faire la différence entre ce qui est "bien" et ce qui est "mal", mais plutôt la peur que confrontés à ce qui est "mal" ils ne trouvent pas le chemin pour venir m'en parler.
Pas facile de trouver le juste milieu entre leur apprendre à se passer de nous et garder un oeil vigilant sur ce qu'ils font. Etre parents sans être copains. Etre justes sans être autoritaires. Etre compréhensifs sans être laxistes. Etre à l'écoute sans être sourds. Maudits enfants-rois ;-)
Je viens de comprendre que la confiance, certes, ça se mérite, mais de part et d'autre. Avec leur aide, cela devient tout de suite plus simple moins compliqué.
A condition de ne pas perdre le lien. Et là, le risque est permanent. Avec ou sans Internet.
Cadeau bonux :
Si vous rendez Internet responsable d'avoir largué les amarres, voici 5 ressources basiques pour construire un pont et restaurer le dialogue :
- Un guide pratique (brandé Symantec) avec une première partie retraçant les pratiques habituelles selon l’âge avec quelques recommandations liées à ces usages. Guide de la cyberfamille
- Une video "Comment parler d'Internet avec mes enfants (alors que je n'y connais rien) ?" L'ensemble du site est à consulter
- Un petit doc pour vous remettre d'équerre sur le thème "C'est quoi un SkyBlog ? "
- Ce que les parents doivent savoir sur les mondes virtuels et 25 conseils (en anglais) ”Children on virtual worlds - What parents should know”
- Un lien à consulter sur un site plein de ressources
J'arrête là une liste qui pourrait être sans fin tant le web regorge de conseils pratiques et pertinents. Parce que vous aussi, pour le moment, vous avez juste besoin de savoir que 10 divisé par 3, ça fait 3 et il reste 1 ;-)
Update du 23 novembre : A lire, l'excellent post de David Abiker
-- découvert via Christelle Membrey
















